Karine Viseur, attachée de presse, raconte sa plainte contre Patrick Bruel pour agression sexuelle présumée

L’agression présumée dans la loge puis dans les toilettes
Karine Viseur situe un premier épisode dans la loge du chanteur, avant un passage au journal télévisé de la RTBF. Alors qu’elle se retourne, elle le trouve collé contre elle. Il plaque son corps dans son dos, ses mains l’enserrent, son souffle est dans sa nuque. Elle aperçoit son visage : il semble heureux, excité, habité par un besoin physique qu’elle ne partage pas. Pour se dégager, elle prétexte un maquillage à faire. Elle pense souffler, mais il revient quelques instants plus tard et lui demande de lui montrer le chemin des toilettes.
Elle l’accompagne. C’est là que la scène qu’elle qualifie d’agression sexuelle se produit. En une fraction de seconde, il l’attrape par le poignet et l’attire dans les toilettes. Il ferme la porte à clé. Adossée contre la porte, elle ne peut pas l’ouvrir. Il essaie de l’embrasser, pose ses mains sur ses jambes, sous sa robe, sous ses collants. Elle répète « non » plusieurs fois. Lui répond que « si », qu’elle va aimer, qu’elle attend ça depuis le matin. Il ajoute, d’après son récit, que « toutes » apprécient.
Elle parvient finalement à se libérer. Ce qui la frappe encore aujourd’hui, c’est l’attitude de Patrick Bruel juste après. Son visage redevient neutre, comme si rien ne s’était passé. Il entre ensuite sur le plateau du journal télévisé avec le calme d’un artiste ordinaire. Cette froideur, dit-elle, ressemble à un visage de joueur de poker.
Témoigner malgré la prescription : une démarche réfléchie
Pourquoi parler plus de trente ans après les faits ? Karine Viseur répond sans détour. Elle dit sentir que la parole se libère. Les femmes qui ont osé témoigner avant elle lui ont donné la force de le faire à son tour. Elle dit avoir désormais « les épaules » et « plus rien à prouver ». Son but est de soutenir d’autres victimes potentielles et de faire avancer la procédure.
Elle est consciente que son cas est prescrit. Mais un dépôt de plainte, même tardif, peut avoir une vraie valeur dans une affaire de violences sexuelles. Il peut documenter un schéma répétitif, donner du poids à d’autres témoignages et permettre aux enquêteurs de disposer d’un faisceau d’éléments. C’est exactement ce qu’elle espère : que son dossier vienne renforcer celui de la France et que l’affaire devienne « internationale et sérielle ».
Elle affirme également se préparer à une possible confrontation avec Patrick Bruel. « Elle aura lieu, c’est une évidence », déclare-t-elle. Ce n’est pas une menace, plutôt une certitude. Elle veut que la justice puisse l’entendre, même si les faits sont anciens. Pour elle, la multiplication des témoignages peut aboutir à un procès.
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